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MAJ le 28/08/2008

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Les trois religions monothéistes, le Judaïsme, le Christianisme et I'Islâm, se réclament de la tradition abrahamique.

Qui était Abraham? Etait-il un hébreu, comme l'affirment les juifs et les chrétiens? Et auquel de ses deux fils, Ismail ou Isaac, se rapporte l'histoire du sacrifice?

 

 «Cette soumission (Islâm) fut le testament d'Abraham- pour ses enfants. Jacob lui aussi recommanda aux siens : Mes enfants, Dieu a choisi pour vous cette religion. Ne mourez pas sans que vous soyez des croyants soumis».   (Coran, Chapitre1-verset 132)

Sur l'étymologie du mot Abraham, voici quelques remarques :
 
Selon les données mêmes de la Bible, Abraham portait primitivement le nom d'Abram qui signifie «bien-né, noble», ou encore «le père des Araméens».
 
Sur l'ordre de Dieu (Gen. XVII,S), l'illustre patriarche prit le nom d'Abraham (déformation dialectale de l'araméen Ab Hamôn) qui signifie «le meilleur de tous» ou encore «le père (spirituel) des peuples (monothéistes) ». C'est dans ce sens que le Coran s'exprime :
 
«... Votre père Abraham qui vous a donné le nom de musulmans» (Chapitre 12-Verset 78).

 

Les trois religions monothéistes (Judaïsme, Christianisme, Islam) se réclament à juste titre d'Abraham et le considèrent comme le père même du monothéisme. Mais elles divergent sur son rôle; sa généalogie, et sa première descendance. Aussi convient-il de préciser ce que l'Islâm enseigne à son sujet et d'examiner les opinions émises par bon nombre de sémitisants et d'arabisants, à propos de certains' passages coraniques et des traditions musulmanes qui le concernent.

  Des spécialistes modernes des études sémitiques sur Abraham bouleversent toutes les données traditionnelles du judaïsme, du christianisme et de l'Islâm et mettent en cause leurs idées , quant aux sources. Leur hypercritique fait de tous les premiers patriarches bibliques, en particulier S'Abraham, une fiction rappelant des lieux de culte, des rites, des héros légendaires, en un mot des mythes lunaires antérieurs à l'arrivée d'Israël en Palestine.

  Cette thèse, dont les origines remontent à Renan, a évolué dans ses nuances, mettant aux prises les sémitisants en d'âpres controverses, lorsque les documents de Ras Shamra vinrent reposer la question dans toute son ampleur et la remettre sur le plan de l'actualité scientifique.

  Pour l'Islâm, Abraham est un personnage historique. Son message est un appel au monothéiste opposé aux fictions religieuses régnantes. Mais il n'était pas juif (Chapitre 3 verset 67). Natif d'Our, il était Babylonien, de race sémitique, mais non spécifiquement juive. Son père pratiquait une religion (astrolâtrie) tout à fait différente du judaïsme à une époque où l'appartenance à une confession se confondait avec l'appartenance à une ethnie. Les tribulations d'Abraham à travers le Proche-Orient ne sauraient permettre ni d'en faire un mythe, ni de lui attribuer une origine qui n'était pas la sienne. Le grand rabbin de Paris, Jais, nous a assurés que, pour les historiens religieux juifs, Abraham n'était pas d'origine israélite.

 Sur la généalogie d'Abraham - Uzayr mis à part -, les données de l'Islâm concordent avec celles de la Bible. Par référence aux sources bibliques et talmudiques, la tradition musulmane fait naître Abraham en 1263 après le déluge.

 Par contre, le point de vue de l'Islâm sur les deux fils d'Abraham est radicalement différent de l'enseignement de la Bible et des recherches des orientalistes qui se sont intéressés à cette question. Pour tenir le lecteur informé de quelques-unes de leurs thèses, citons encore R. Weil : 

« On constate, écrit-il, que dans la narration organisée, la plupart des actes de fondation d'Isaac et de Jacob ont été dédoublés par attribution artificielle et supplémentaire une première fois au grand ancêtre initial... L'alignement généalogique des personnages patriarcaux a eu pour conséquence, en outre, de rendre nécessaires des modifications dans le détail de l'ordonnance des légendes auparavant indépendantes, construites autour des diverses figures, car il fallait harmoniser les récits et dans l'histoire suivie, les coudre en bonnes conditions de jonction narrative».

 Le point de vue de l'Islam qui s'honore d'être la «milla» (religion) d’Abraham restaurée et revigorée est diamétralement, opposé à ces thèses. Sur un point cependant, des rapprochements pourraient être faits. Les sémitisants tiennent le chapitre XIV de la Genèse comme tardivement remanié et «harmonisé». Les auteurs musulmans admettent cela et considèrent les chapitres suivants, le chapitre XVII surtout, comme transformés et pratiquement vidés de leur substance, du chef des compilateurs tardifs des traditions juives qui se sont évertués en arrangeant les textes, à leur manière, de faire d'Isaac et de Jacob les seuls dépositaires de la révélation et les seuls fondateurs du culte. Pour rendre cohérentes la narration biblique et leur conception de la prophétie comme privilège exclusif d'Israël, ils ont modifié le texte sacré et substitué Isaac à Ismaël.

 Sur cette substitution, le point de vue de l'Islam mérite d'être connu. Abraham eut deux garçons : Ismaël (ainé, fruit de son union avec Agar) et Isaac dont la mère était Sara.

 Au cours de son apostolat, Abraham fut mis à rude épreuve : le sacrifice de l'un de ses fils. Ayant donné toute la mesure de sa soumission à Dieu, il fut miraculeusement arrêté dans son geste et l'immolation n'eut pas lieu. Mais lequel de ses deux fils devait être sacrifié (dhabih) ? Ismaël ou Isaac?

  La réponse à cette question met en cause certaines positions doctrinales et il importe l'examiner sans parti pris la question. Elle a été examinée par divers auteurs musulmans. Malheureusement, beaucoup d'orientalistes, en raison d'une prévention ancienne, suspectent à priori l'apport des musulmans dans ce domaine. Ce préjugé systématiquement défavorable dénoncé déjà par le regretté Louis Massignon, a amené quelques-uns d'entre eux, à propos du point de vue de l'Islam sur Abraham, à des conclusions discutables.

 I. Goldziher soutient que le «dhabih» était Isaac, non Ismaël. Le père Yves Moubarac souscrit à cette hypothèse.

 L'un et l'autre, entendent sans doute mettre ainsi en cause tout ce que la tradition musulmane fournit au sujet de la construction de la Ka'ba, du drame d'Agar, réduire à néant la signification du pèlerinage canonique et la valeur spirituelle que perpétue .pour l'Islam le sacrifice d'Ismaël.

 Le père Yves Moubarac voit dans la conception musulmane du «dhabîh», deux périodes. Selon lui, le Coran serait imprécis sur la question et les premières générations de musulmans auraient vu en Isaac le fils porté à l'immolation. Ce serait seulement à partir du règne de l'Omar Ibn Abdil 'Aziz qu'Ismaël aurait été substitué à Isaac dans la version islamique. Or, il est hasardeux de tirer une conclusion en faveur de la tentative d'immolation d'Isaac en invoquant à tort le Coran.

 En fait, on peut relever dans la vulgate de 'Islâm, ce verset:

 « Nous avons reçu d'Abraham et d'Ismaël l'engagement de purifier mon temple à l'intention de ceux qui viendront tourner autour, y faire une retraite, s'incliner et se prosterner ».

 Il s'agit, dans le Coran, d'Ismaël et non d'Isaac, du temple de la Ka'ba, de la circumamulation, rite important du pèlerinage lié au jet symbolique des pierres, à Minâ que domine le mont où se place l'événement, et de l'intention d'Abraham d'immoler son fils Ismaël à Dieu.

 Il est, par ailleurs, absolument inexact que la conception des «générations musulmanes» ait varié au sujet de l'identité de celui des fils d'Abraham offert en holocauste par soumission à Dieu, et il est étonnant de constater qu'un érudit de la valeur du père Yves Moubarac se soit mépris à ce point sur les sources islamiques. Il n'y a pas eu, à vrai dire, d'évolution dans les idées des «générations musulmanes sur ce problème», mais deux courants d'opinions parallèles chez les tout premiers compagnons du Prophète.

 La version biblique, dans son état actuel, relate ainsi l'événement :

 "Après ces choses, Dieu mit Abraham à l'épreuve et lui dit : «Abraham!».Et il répondit : «Me voici»!.Dieu dit :«Prends ton fils, ton unique fils, celui que tu aimes, Isaac; va-t-en au pays de Marijja et là, offre-le en holocauste sur l'une des montagnes que je te dirai».
(Gen XXII,1-2).

 Or, il n'est pas dit dans la Bible : «tu prendras», mais «prends» et le texte précise «ton fils unique». Il s'agit bien d'Ismaël puisqu'il l'était jusqu'à la naissance d'Isaac, quatorze ans après la sienne (Gen.XVI, 16).

 A aucun moment Isaac n'a été «fils unique» alors qu'Ismaël le fut et donc le qualificatif ne peut s'appliquer qu'à lui, à moins de suspecter (ce qui serait contraire aux faits et à l'enseignement de la Bible) la filiation d'Ismaël. Or, selon la Bible, Ismaël est annoncé et béni par Dieu

 «Agar, enceinte, chassée par Sara, l'ange du Seigneur la rencontra près d'une source au désert et lui dit : « Je multiplierai beaucoup ta descendance tellement qu'on ne pourra pas la compter... Tu es enceinte et tu enfanteras un fils et tu lui donneras le nom d'Ismaël, car Yahvé a entendu ta détresse».

En fait, c'est Abraham qui lui donne le nom d'Ismaël (Shamaël, Yishma'ël) selon la volonté de Dieu. Le texte devient clair, s'il est ainsi ré­tabli : «Prends ton fils Ismaël, ton unique fils que tu aimes, etc». Il s'avère non moins évident, à l'analyse serrée de la, narration biblique, qu'il s'agit d'une substitution tardive et maladroite en contradiction formelle avec la logique des faits. Cette altération du texte yahviste est certainement d'inspiration hédoniste et avait un but .

il s'agissait dans la pensée de son auteur de faire du sacrifice consenti par Abraham, mais non exécuté, &Isaac (substitué à Ismaël), non seulement une haute leçon spirituelle de foi absolue en Dieu, mais encore et surtout une référence au rachat des premiers nés juifs et à la condamnation, maintes fois rappelée par les prophètes, de l'immolation d'enfants israélites, par imitation des pratiques païennes (Ex., XIII,12,13 et Lev., XVIII,2).

 

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