
Le Dernier des Prophètes (paix sur lui) n'a vécu que 63 années sur la Terre. De plus, il ne reçut la prophétie qu'à l'âge de 40 ans.
23 années furent donc suffisantes pour tout changer.
Avant…
Le monde était divisé, miné, rongé du fait de plusieurs incompréhensions.
Certains pensaient que se consacrer à Dieu n’était possible qu’à la condition de fuir les hommes. D’autres pensaient qu’acquérir les biens matériels n’était envisageable qu’en se détournant du divin. Certains pensaient qu’à trop étudier, on risquait de finir par mépriser, du haut de sa science, les gens n’ayant pas notre niveau de savoir. D’autres pensaient que servir les hommes signifiait se rabaisser devant eux. D’aucuns disaient que tel était né pour diriger, et tel autre était né pour servir ceux qui dirigent. C’est ainsi qu’une multitude d’idéologies avaient cadenassé l’être humain, l’empêchant de se réaliser pleinement.
Alors le dernier des Prophètes (paix sur lui) fut envoyé. Son but était d’ouvrir ces cadenas pour délivrer l’être humain. Avant lui, nombreux furent ceux qui tentèrent de les ouvrir, sans succès. Le fait est, dit Cheikh Aboul Hassan Alî an-Nadwî (que Dieu lui fasse miséricorde), qu’ils n’avaient pas essayé la bonne clé. Le Dernier des Messagers (paix sur lui) fut envoyé avec un passe-partout, et tout fut ouvert en l’espace de quelques années. Cette clé magique était la formule : « Il n’y a de Dieu que Dieu, et Mouhammad (paix sur lui) est Son Messager »
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Après…
On vit alors apparaître des êtres extraordinaires :
Pour illustrer le changement apporté par la révélation, le poète Mouhammad Iqbâl dans un remarquable poème met en scène Aboû Jahl ressuscitant et revenant à La Mecque après que l’islam se soit implanté dans les cœurs. Voilà Aboû Jahl revenant sur cette terre qu’il connaît si bien, parmi ces gens qu’il connaît si bien, dans cette ville qu’il connaît si bien. Ce qui suit est donc tiré de l’œuvre de Mouhammad Iqbal.
« La première chose qu’il fait est bien sûr de se rendre au Harâm, enceinte de la Kâ’bah. Mais ô surprise : plus d’adorateurs de Lât ou de Manât qui étaient des statues vénérées de l’époque. Seulement des gens occupés à tourner autour de la maison de l’Unique, priant l’Unique, suppliant l’Unique. Il peut bien chercher. Là où ses yeux se posent, il ne voit que rukû (inclinaison dans la prière musulmane), soujoûd (prosternation dans la prière musulmane), tasbîh (répétition de la formule « Pureté à Dieu »), tahlîl (répétition de la formule « Il n’y a de Dieu que Dieu »), tahmîd (répétition de la formule « Louange à Dieu »), tamjîd (répétition de la formule « Pureté à Dieu, Louange à Dieu, il n’y a de Dieu que Dieu et Dieu est le plus grand »), zikr (penser à Dieu) ou istighfâr (demander pardon à Dieu). Que s’est-il donc passé ici ? Où sont-elles ces idoles de l’ignorance ? Où sont Habal, Uza, Usaf, Naila ? Pourquoi plus personne ne parle d’elles ?
Mais voilà quelqu’un qui arrive porté par une ardeur impressionnante ! Il ne fait attention à personne et semble sur le point de crier quelque chose. Aboû Jahl se précipite pour le féliciter. Nul doute qu’il va réveiller ces hommes qui ont tout oublié. Aboû Jahl ouvre ses oreilles, mais c’est pour entendre : « Dieu est le Plus Grand ! Dieu est le Plus Grand ! Je témoigne qu’il n’y a de Dieu que Dieu ! Je témoigne qu’il n’y a de Dieu que Dieu !... » C’est l’appel à la prière.
La fraternité de l’islam a pris la place de la fierté païenne et de la vanité tribale. Les hommes ne voient plus l’humanité que comme une seule et même famille dans laquelle arabes et non arabes sont égaux. Plus qu’un seul critère d’excellence : la piété.
Abu Jahl se mêle aux gens pour écouter leurs conversations. Mais plus de grossièreté, plus de vantardise, plus de gloriole, plus de parti pris, plus d’insulte raciste. Il est choqué d’apprendre que plus personne ne méprise autrui du seul fait de son origine ou de son rang social. Au contraire, voilà certains occupés à apprendre d’un esclave noir et se vantant d’être parmi ses élèves.
Abû Jahl part dans les souks. Mais plus de tricherie, plus de tromperie, plus de mensonges, plus de fausse pesée. « Diable ! » s’écrie-t-il. « Même le vol a disparu !? »
En vain, Abu Jahl cherche une petite trace de paganisme. Mais le comportement, les paroles, les actions… tout est changé. Abu Jahl s’écrie : « Où sont-ils ceux que je connaissais ? »
Le chef de la tribu de Makhzum1 devenu étranger dans sa propre ville va chercher à vérifier qu’il ne s’est pas trompé d’endroit. Mais non : la Kâ’bah, le Hatîm, la pierre noire, le puits de Zam-Zam… tout est là !
Et Abu Jahl retrouve alors la mémoire. Il se souvient de cette nouvelle foi portée par cet homme (paix sur lui). Il se souvient de cette menace contre le nationalisme arabe et les pratiques païennes. Il se souvient comment il s’était opposé à cet homme (paix sur lui) qui remettait tant de choses en question.
Abu Jahl n’en peut plus. Il court vers la Kâ’bah et s’écrie : « Muhammad (paix sur lui) nous a déshonoré ! Il a rasé les palais de César, de Kisra, des rois et des empereurs, et il a sali la Kâ’bah. Il a fait tout cela et a proclamé « La terre appartient à Dieu ; Il la donne à qui Il veut ». Il a jeté sur nos jeunes générations un sort si bien que nos descendants ne voient plus que lui. Y a-t-il plus grand blasphème que cette parole qu’il ne cessait de proclamer : « Il n’y a de Dieu que Dieu ! » En une seule parole, il détruisait des univers entiers et en reconstruisait un autre ! Que le monde se venge de lui ! N’est-il pas étrange qu’il rejette toutes les divinités visibles pour appeler à une divinité invisible ? » Là se termine le texte de Muhammad Iqbal.
Ainsi donc, l’islam a transformé un groupe d’hommes et ce dans tous les aspects de la vie. Le plus étonnant, c’est que la prophétie n’aura duré que 23 années : une période ridicule à l’échelle de l’histoire humaine. Mais la transformation occasionnée restera unique dans les annales de cette même histoire.
Le Dernier des Messagers (paix sur lui) avait donc apporté un message qui avait réconcilié les hommes avec eux-mêmes, les rendant à leur humanité. Aujourd’hui encore, les hommes ne sont plus dignes de ce nom. Encore une fois, il faut les rendre à leur humanité. Nous musulmans sommes aujourd’hui les dépositaires de ce message qui seul est capable de réaliser ce défi. Mais qu’avons-nous fait de ce message ?
1 C’était le nom de la tribu dont il était le chef. |







